RGB, 16 millions de couleurs, synchronisation avec toute ta maison, effet serpent d'Amazonie ou caméléon du Nicaragua, les arguments utilisés par les fabricants pour nous faire voir la lumière et parfois masquer les vraies faiblesses techniques de leurs produits sont légion.

On nous présente souvent cette révolution lumineuse comme un critère de réussite sociale, l'aboutissement d'une carrière de modeur amateur ou de gamer aux portes de la célébrité. La tendance semble perdurer, avec ses améliorations et ses fonctionnalités "exclusives" mises en avant au gré des communiqués de presse emphatiques.

Tout y passe, boitiers, écrans, composants, claviers, souris, fauteuils pour gamers et même tapis de souris ou routeurs. Le ventilateur n'était finalement que le modeste précurseur de cette technologie innovante qui change chaque jour la face du monde (et la couleur de ton plafond).

Mais si les plus jeunes découvrent, souvent avec circonspection, parfois avec effroi, cette intégration à marche forcée de diodes lumineuses dans tout ce qui bouge, les plus anciens observent avec un sourire à peine dissimulé le grand retour d'une tendance qui avait déjà connu son heure de gloire avant un retour à une certaine sobriété.

Le RGB, déjà en 2002

Les ventilateurs équipés de diodes lumineuses existaient déjà du temps des cartes mères ABIT et EPOX, les bandeaux à fixer ou coller dans ou sur son boitier aussi. Ce n'était pas du RGB, certes. Mais déjà à l'époque, on choisissait sa couleur dans le catalogue du fabricant et obtenait à moindres frais une ambiance bleue, rouge ou verte qui épatait les copains et donnait de faux airs de discothèque interlope à notre chambre encombrée.

Philips, avec sa technologie Ambilight, avait déjà de son côté trouvé dès 2002 une utilisation intéressante à cette source lumineuse en l'adaptant dynamiquement au contenu affiché sur le téléviseur qui en était équipé. Philips proposera d'ailleurs au second trimestre l'application Hue Sync pour Windows 10 et macOS High Sierra qui permettra de synchroniser les ampoules de l'écosystème Hue avec les jeux, films ou musiques diffusés sur votre ordinateur. La boucle est bouclée.Philips Hue Razer Synapse Chroma

Razer est déjà dans la liste des partenaires de Philips : Il est maintenant possible de contrôler des périphériques de la gamme Philips Hue via Synapse 3. De son côté, Cooler Master réinvente aujourd'hui cet effet de synchronisation global avec son concept MasterPlus+ et le présente presque comme une solution innovante. La vague lumineuse s'étend toujours un peu plus et va maintenant envahir les murs de la pièce de l'utilisateur qui prendra des faux airs d'arène eSport...

Des vaches à lait

Mais il y a un problème. Intégrer un (rétro)éclairage RGB pour justifier une augmentation du prix public d'un produit dont la nouvelle version ne bénéficie d'aucune amélioration technique notable est-il justifié ? Probablement pas s'il s'agit de payer au prix fort une "ambiance" lumineuse superflue qui peut en cas de besoin être obtenue autrement et à moindres frais.

Combien d'utilisateurs qui font l'acquisition de ces produits RGB parce qu'ils n'ont plus le choix désactivent cette fonction immédiatement ou au bout de quelques heures ? Il devient en effet actuellement difficile voire impossible de trouver un produit du même niveau de qualité et de performance que la version RGB mais débarrassé de ces diodes lumineuses.

On découvre chaque jour des casques audio dont les écouteurs diffusent un flux lumineux que l'utilisateur ne verra jamais. On nous vante toujours le "look gamer" de ces équipements que le Tron Guy aurait bien aimé avoir à disposition dans ses meilleures années. Il ne s'agit plus d'améliorer le confort d'utilisation ou les capacités techniques d'un produit, il faut en mettre plein la vue pour dissimuler le manque d'inspiration d'une industrie qui peine peut-être à se renouveler.

Même les rares innovations les plus intéressantes du moment passent un peu inaperçues parce qu'il faut à tout prix mettre en avant les quelques diodes présentes sur le produit.

L'effet de meute aidant, tous les fabricants s'engouffrent dans ce long tunnel lumineux duquel nous finirons bien par sortir un jour. Il n'est pas concevable pour certains d'entre eux de laisser une marque concurrente profiter seule d'une tendance, au risque de ternir une image pourtant basée sur la sobriété des produits proposés par le passé et de renoncer à quelques concepts qui ont bâti la légende de certaines marques.

Débauche nécessaire ?

En revanche, le principe du RGB peut évidemment se révéler intéressant lorsqu'il sert de prétexte pour par exemple contrôler certaines statistiques (changement de couleur en fonction de la température détectée) ou détecter l'activation de certaines fonctions (profils de jeu). Et encore, il suffit d'une diode, un bandeau qui fait le tour du salon n'étant pas indispensable.

16 millions de couleurs sont disponibles. Combien d'utilisateurs en sélectionnent une et une seule pour créer leur ambiance et ne découvriront jamais les possibilités "infinies" offertes par cet éclairage RGB révolutionnaire et totalement paramétrable ?

Le RGB fait-il vraiment la différence lors du processus d'achat ? Fait-il réellement pencher la balance en faveur d'un produit qui aura plus à offrir en matière d'éclairage et de possibilités visuelles que le produit voisin dans le même rayon ?

Je suis curieux d'avoir votre avis sur le sujet. N'hésitez pas à nous donner votre opinion dans les commentaires.

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